Prochaine réunion du collectif GBS
Date : Lundi le 9 mars 2009
Heure : 18h00
Lieu : AFESH (JM-770), UQÀM
C’est un rendez-vous !
Prêt pas prêt, Gérald, on arrive!
Cette fois-ci, pas de compromis, on prend la rue!
En dépit des dernières nouvelles annonçant la réévaluation de la loi et le fait qu’elle ne sera pas adoptée ce lundi-ci, nous sortirons avec vigueur pour qu’elle soit enterrée complètement. Vous êtes cordialement invités à venir nous rejoindre.
Prêt pas prêt, Gérald, on arrive!
Manifesurprise pour le droit aux masques!
Lundi 23 février 2009
17h30
Carré Berri
Le 26 janvier dernier, le Gros Bon Sens vous invitait à un bal masqué à l’Hôtel de Ville. Les participantEs sont entréEs pour montrer leur désaccord face au projet de règlement et ont vite réalisé l’inefficacité de cette démarche. Le collectif réitère sa ferme opposition au règlement et vous invite cette fois à une manifestation, pour le droit à l’anonymat et contre la montée de la répression.
Le Gros Bon Sens est un regroupement qui s’est formé spontanément avec la volonté de s’opposer au projet d’amendement du règlement sur la prévention des troubles de la paix de la Ville de Montréal, qui interdirait aux manifestantEs de se masquer le visage. Nous nous opposons sans compromis à cette mesure et souhaitons appeler divers organisations politiques, communautaires et groupes affinitaires à faire de même. En ce sens, voici les positions adoptées par notre groupe.
Dans le contexte actuel de crise économique où la précarité, les mises à pied massives et, conséquemment, la contestation sociale risquent d’aller en augmentant, nous croyons que l’adoption d’une telle mesure ne ferait que pénaliser les individus qui ne voudront pas garder le silence face aux injustices qu’ils-elles vivront. Aussi, en diminuant la liberté d’expression ce règlement contribuera à exacerber le mécontentement et compliquera le travail des policièrEs au lieu de le faciliter.
De plus, nous estimons que cette mesure contribue à la criminalisation de toute divergence politique, le masque étant une méthode de protection contre les représailles de nos dirigeants envers des actes – le plus souvent pacifiques – de protestations. Il en va donc de la liberté individuelle et collective d’exprimer notre désaccord sans faire l’objet de répression ciblée pour des opinions qui vont à l’encontre du pouvoir établi.
Nous sommes contre toute forme de profilage, qu’il soit racial, social ou politique. En adoptant un tel amendement, la Ville de Montréal facilite effectivement le fichage des individus appartenant à divers mouvements de contestation et ainsi, la répression de tels mouvements. En ce sens, nous croyons qu’il s’agit d’une atteinte aux libertés civiles que d’interdire l’anonymat dans des rassemblements publics.
ChacunE a effectivement le droit au respect de sa vie privée, ce qui implique que nul n’est obligé de s’identifier, sauf en état d’arrestation. Les motivations qui poussent quelqu’unE à garder l’anonymat dépassent largement la volonté d’accomplir des actes criminels sans répercussions judiciaires. Que ce soit pour des raisons politiques, religieuses, culturelles, familiales ou sociales, le port du masque lors des manifestations est une liberté fondamentale qu’il serait absurde de sacrifier au profit d’une surveillance et d’un contrôle social accru de la part des autorités. La sécurité et l’ordre public [lire la protection des intérêts dominants] ne doivent pas justifier une régression progressive des libertés individuelles et collectives.
Le service de police de la ville Montréal utilise déjà fréquemment des outils de surveillance lors des manifestations, qui lui permet de mettre sur pied une liste quasi-exhaustive des visages des protestantEs et, à la limite, de monter des dossiers sur les leaders des mouvements. Ce même service de police qui fut en 2005 réprimandé par le Comité des droits de l’homme de l’ONU pour ses pratiques anticonstitutionnelles et qui ne respecte souvent même pas son propre code de déontologie, nous demande maintenant de faire confiance à son « gros bon sens » pour l’application de ce règlement! Si nous voulons conserver la liberté si chèrement protégée par les Chartes canadienne et québécoise des droits et libertés, nous devons nous opposer à une telle mesure.
Dans une société où tout acte de divergence politique est réprimé et tout individu exprimant ses opinions dans une simple manifestation risque d’être fiché comme potentiel danger public, nul besoin d’avoir quelque chose de criminel, ou d’immoral à se reprocher pour vouloir conserver l’anonymat.
Cette fois-ci, pas de compromis, on prend la rue!
Prêt pas prêt, Gérald, on arrive!
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Le groupe « Le Gros Bon Sens ».
legrosbonsens@gmail.com
http://collectifgrosbonsens.wordpress.com/
Port du masque: Montréal recule, mais promet un autre règlement (Paru dans Le Devoir)
Le règlement prohibant le port de masques et de cagoules lors de manifestations à Montréal ne sera pas soumis au vote des élus lundi soir, mais l’administration Tremblay ne renonce pas pour autant à son projet.
Le président du comité exécutif et responsable de la sécurité publique à la Ville de Montréal, Claude Dauphin, a fait retirer hier de l’ordre du jour de la séance du conseil municipal de lundi soir prochain l’étude du projet de modification du Règlement sur la prévention des troubles de la paix, de la sécurité et de l’ordre public et sur l’utilisation du domaine public (P-6) afin d’y ajouter une disposition interdisant aux manifestants de se masquer le visage.
«Comme notre objectif est de fournir de bons outils à nos policiers qui auront à appliquer ce règlement et aux tribunaux qui devront le sanctionner, il nous apparaît important de réexaminer notre projet d’amendement et de le soumettre à nouveau à la Commission de la sécurité publique pour une nouvelle évaluation», a indiqué Claude Dauphin, hier, par voie de communiqué. Ce dernier refuse de fixer un échéancier pour la révision de la modification.
Un front commun de groupes de défense des droits et de syndicats enjoint l’administration Tremblay de retirer «purement et simplement» non seulement le projet d’amendement au règlement P-6 proposé par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), mais bien tout le «règlement antimanif» adopté dans les années 1970 par l’administration Drapeau-Saulnier.
«Des gens peuvent, sans avoir aucune intention criminelle, vouloir se masquer pour protéger leur anonymat sans que cela soit répréhensible, a dit hier le représentant de la Ligue des droits et libertés, Denis Barrette. Ce n’est pas vers une escalade des pouvoirs d’intervention des policiers qu’il faut se diriger, mais vers une meilleure compréhension de ce qu’est la liberté d’expression. Visiblement les forces de l’ordre n’ont rien compris.»
Le directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), Fo Niemi, somme pour sa part l’administration Tremblay de ne plus «adopter des politiques ou des règlements en catimini». Fo Niemi demande notamment à la Ville d’ouvrir grandes les portes de la Commission de la sécurité publique aux citoyens.
Le chef de l’opposition officielle de la Ville de Montréal, Benoit Labonté, a applaudi la décision du comité exécutif de commander un nouvel examen du projet de modification du règlement P-6 à la Commission de la sécurité publique, mais lui demande de «donner la parole aux citoyens sur [ce] projet de règlement qui déjà suscite la grogne». «Par respect envers les citoyens et dans l’intérêt de la démocratie montréalaise, force est d’admettre que la tenue d’une séance publique est nécessaire», a affirmé Benoit Labonté.
La Fraternité des policiers et des policières insiste pour que le conseil municipal adopte l’amendement le plus rapidement possible. Le président de la Fraternité, Yves Francoeur, insiste sur le fait que «ce sont clairement les casseurs, les gens qui s’insèrent dans les manifestations pacifiques dans le but de casser, défoncer et brûler du matériel, ou carrément s’en prendre aux policiers et aux citoyens, qui sont visés par cet amendement. La moindre des choses, en démocratie, c’est de s’exprimer à visage découvert».
Source : Le Devoir
Communiqué du cabinet du maire et du comité exécutif
Retrait pour complément d’étude de l’amendement
au règlement sur la Prévention des troubles de la paix, de la sécurité et de
l’ordre public et sur l’utilisation du domaine public (P-6)
Montréal, le 20 février 2008 – Monsieur Claude Dauphin, président du comité exécutif et responsable de la sécurité publique à la Ville de Montréal annonce sa volonté de faire examiner plus en profondeur certains aspects du projet d’amendement du règlement sur la Prévention des troubles de la paix, de la sécurité et de l’ordre public et sur l’utilisation du domaine public (P-6). En conséquence, le président du comité exécutif demande au service du Greffe de retirer de l’ordre du jour de la séance régulière du conseil du 23 février le projet d’amendement.
«Depuis quelques semaines, nous avons eu des discussions enrichissantes sur ce projet d’amendement à notre règlement P-6. Beaucoup d’individus et de groupes nous ont fait connaître leurs appréhensions sur certains volets de l’amendement proposé. Nous avons consulté à nouveau et l’ensemble de nos échanges nous ont permis de constater que certains aspects du règlement demeurent imprécis. Comme notre objectif est de fournir de bons outils à nos policiers qui auront à appliquer ce règlement et aux tribunaux à le sanctionner, il nous apparaît important de réexaminer notre projet d’amendement et de le soumettre à nouveau à la Commission de la sécurité publique pour une nouvelle évaluation», d’indiquer monsieur Dauphin.
Le président du comité exécutif rappelle que tous ceux qui ont consacré du temps et de l’énergie à amender le règlement actuel, ont travaillé de bonne foi en fonction de l’information disponible. Monsieur Dauphin croit que de surseoir à l’adoption du règlement est salutaire à ce moment-ci et démontre que la démocratie municipale est bien vivante car elle sait s’adapter et s’ajuster quand interviennent de nouveaux questionnements. Le président du comité exécutif ne fixe aucun délai pour le réexamen des amendements de sorte à donner toute la latitude nécessaire aux divers services, aux juristes et aux élus pour effectuer leur réflexion avec toute la sérénité nécessaire.
-30-
Source : Cabinet du maire et du comité exécutif
Bernard Larin
514 872- 9998
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L’amendement n’est donc pas retiré définitivement. Il n’est que « mis en dépôt » pour une étude de celui-ci. Le collectif Le Gros Bon Sens est clair : nous sommes pour le retrait définitif de l’amendement au règlement sur la Prévention des troubles de la paix, de la sécurité et de l’ordre public et sur l’utilisation du domaine public (P-6).
Source : Ville de Montréal
Lettre à Gérald Tremblay, maire de Montréal (paru dans Le Devoir)
Comment «masquer» la censure
Le projet d’interdiction de déguisement du visage lors des attroupements à Montréal a déjà suscité quelques réactions dans les médias, tout comme les règlements interdisant les insultes proférées aux policiers. Ces dispositions touchent à l’exercice de la liberté d’expression qui est pourtant au coeur d’une société démocratique.
Le projet de règlement vise à modifier le règlement relatif aux manifestations (P-6) «afin d’interdire le port de cagoules et le recours à tout autre moyen de se masquer le visage, sauf en cas de raisons valables, lors de manifestations publiques». Yvan Delorme, directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), souligne le caractère préventif de cette disposition qui permettrait aux policiers «d’intervenir en amont des gestes de désorganisation».
Le règlement P-6: le «règlement antimanif»
Il s’agit ici du fameux règlement relatif aux manifestations intitulé Règlement sur la prévention des troubles de la paix, de la sécurité et de l’ordre publics, et sur l’utilisation du domaine public. C’est dans les années 1970 que l’administration Drapeau-Saulnier a adopté ce règlement vite surnommé règlement antimanif, et auquel la Ligue des droits et libertés s’est formellement opposée. En effet, l’article 5 de ce règlement permet toujours au comité exécutif d’interdire toute manifestation à Montréal, et ce, pour une période indéterminée.
La définition généralement acceptée d’un attroupement visée par le règlement est celle du Code criminel et est assez large: trois personnes ou plus, ayant un but commun. Par ailleurs, l’article 3 interdit «de gêner le mouvement, la marche ou la présence» d’un citoyen lors d’un attroupement. La portée excessive de cette disposition demeure frappante, car elle donne aux policiers un pouvoir arbitraire d’intervention selon leur appréciation de la situation, lors de manifestations qu’ils pourraient juger moins sympathiques.
Le règlement P-6 a d’ailleurs souvent été l’occasion d’abus de la part des policiers qui l’ont utilisé pour effectuer des arrestations massives et préventives alors qu’aucun acte criminel n’était commis. Citons comme exemple la manifestation avortée du 26 avril 2002 lors de la rencontre du G8 où, avant même que quiconque ait pu commencer à défiler, toutes les personnes alors réunies dans un parc, y compris les observateurs de la Ligue des droits et libertés, furent détenues et interpellées sous prétexte de violation du règlement P-6. Mentionnons aussi, en septembre 1999, l’arrestation dans une cour d’école et la détention de plusieurs centaines d’enfants, dont certains âgés de moins de 12 ans: on leur reprochait d’avoir pris la rue afin d’exprimer publiquement et collectivement leur désaccord avec la cessation des activités parascolaires dans le cadre d’un conflit de travail. Or, à plusieurs reprises, la Cour suprême a pourtant affirmé qu’un des buts de la liberté d’expression est de protéger l’expression des groupes défavorisés et des minorités.
C’est donc dans le contexte d’un règlement appliqué essentiellement à des fins préventives, et souvent de manière abusive, qu’il faut apprécier l’usage que feraient les policiers de l’interdiction d’avoir le visage couvert.
Un comportement déjà prohibé
Il va de soi que le déguisement dans un but criminel ne pourrait en aucun cas être considéré comme l’exercice de la liberté d’expression, comme le prohibe actuellement le Code criminel (article 351). Dans ce cas, le texte est sans ambiguïté: quiconque est déguisé «dans l’intention de commettre un acte criminel» commet aussi une infraction criminelle passible de 10 ans d’emprisonnement. Par contre, il en va tout autrement des «raisons valables» de déguisement auxquels réfère le projet de règlement. En plus d’exiger des personnes ciblées par les policiers de justifier un quelconque déguisement, le projet laisse aux forces de l’ordre le soin de décider ce que seront les motifs valables. En 2004, le juge Paulin Cloutier rendait jugement sur un règlement de la Ville de Québec interdisant les masques et les déguisements et déclarait la disposition inapplicable à l’endroit d’un homme qui voulait interpréter Hamlet tout en portant un masque de hockey sur le visage. À Montréal, est-ce que les policiers présents lors d’une situation similaire jugeront la qualité de l’interprétation suffisamment acceptable pour se convaincre qu’il s’agit d’une «raison valable»?
Dans toutes les civilisations, le déguisement est une forme particulière d’expression: qu’il s’agisse de masques pour éloigner les esprits, d’un bal masqué ou d’une représentation, le déguisement est d’abord expressif. Ce serait prendre des risques inutiles d’abus et d’autocensure que de laisser les policiers décider, en matière de forme d’expression, de ce qui est valable et raisonné ou de ce qui ne l’est pas. Ce projet de règlement doit être retiré.
Interdit d’insulter
À ce projet de réglementation appuyé fortement par le SPVM s’ajoute une demande de la Fraternité des policiers et policières de Montréal proposant d’interdire les insultes ou injures proférées envers les agents de la paix et d’en faire une infraction passible d’une amende. Est-ce donc le corps policier qui dicte la gestion de la liberté d’expression à Montréal?
Même si déjà certaines villes appliquent des interdictions similaires, elles n’en sont pas moins liberticides. La Cour suprême a souligné à plusieurs reprises que le respect de la liberté d’expression exige que l’on permette les propos impopulaires, déplaisants, contestataires ou même odieux. C’est le prix à payer pour une démocratie vivante qui dépasse les voeux pieux et les déclarations de principes. Faut-il rappeler que, encore aujourd’hui dans plusieurs pays, des journaux sont interdits et des journalistes emprisonnés pour avoir tenu des propos injurieux envers les autorités en place?
Ce qui devrait guider l’intervention d’un policier envers un citoyen n’est pas son allure, son accoutrement, ni le contenu désobligeant ou dérangeant de ses propos, mais l’existence ou non d’un acte et d’une intention criminels.
***
Me Denis Barrette, avocat pour la Ligue des droits et libertés, Me Pierre Bosset, professeur de droit public au département des sciences juridiques de l’UQAM, Me Julius Grey, avocat, Lucie Lemonde, professeure au département de sciences juridiques de l’UQAM, Dominique Peschard, président de la Ligue des droits et libertés, Me Gilles Trudeau, président de l’Association des avocats de la défense de Montréal.
Source : Le Devoir
Et tombent les masques (article paru dans Montréal Campus)

À compter du 26 février, il sera interdit de revêtir cagoules, masques ou tout autre objet couvrant le visage lors de manifestations se déroulant à Montréal.
La Ville de Montréal a tranché: les manifestations se feront désormais à visage découvert dans la métropole. Si les autorités municipales espèrent ainsi freiner la violence, des militants craignent les effets pervers d’un tel règlement.
Bas les masques! C’est le message sans équivoque qu’envoie la Ville de Montréal avec l’adoption d’un règlement qui vise à interdire le port de cagoules et de tout autre objet couvrant le visage durant les manifestations.
Proposé par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), le règlement vise à encourager les manifestations pacifiques et à décourager l’usage de la violence, soutient le porte-parole de la police montréalaise, Paul Chablo. «Dans une société démocratique et libre, il n’y a aucune raison de porter un masque.»
Le comité exécutif de la Ville a adopté le règlement le 4 février et le conseil municipal devrait l’entériner le 26 février prochain. Montréal se joindra ainsi à des villes comme Zurich et New York, qui ont déjà adopté des mesures semblables. Les violences qui ont embrasé Montréal-Nord cet été, après le décès de Freddy Villanueva, et le centre-ville, après la victoire du Canadien en séries éliminatoires ont convaincu les autorités de sévir.
Le règlement est toutefois loin de faire l’unanimité. Des opposants au projet se sont rassemblés pour former le collectif Gros Bon Sens afin d’organiser la résistance. Le groupe a déjà arboré ses couleurs au conseil municipal du 26 janvier dernier avec une manifestation sous forme de bal masqué. Pour l’occasion, une centaine de protestataires ont couvert leur visage de plumes, de brillants, de foulards et d’autres costumes pour critiquer cette mesure qu’ils jugent contraire à la Charte canadienne des droits et libertés. «L’article 2 stipule que chacun a droit à la liberté de pensée, de croyance, d’opinion et d’expression, y compris la liberté de la presse et des autres moyens de communication, affirme un membre du collectif, Réda Chérif-Touil. L’interdiction de se couvrir le visage, c’est une réduction nette de notre liberté d’expression et de son affichage.» Une allégation que le SPVM rejette du revers de la main en affirmant que le port du masque n’est nullement mentionné dans la Charte.
Le gros bon sens
Si le règlement en fait sourciller plusieurs, c’est notamment en raison de son manque de clarté. Le texte mentionne l’interdiction de porter «cagoules, masques, et autres façons de se masquer le visage», mais un flou persiste quant à sa mise en œuvre. Le SPVM a promis que la mesure serait appliquée selon le «gros bon sens», sans plus de détails. C’est d’ailleurs ce qui a donné l’idée du nom au collectif opposé au règlement.
«On va évaluer les facteurs de risque et le potentiel de violence, explique l’agent Paul Chablo. On ne va pas regarder ce que les gens portent, mais leurs intentions.» Selon lui, ceux qui seraient masqués lors de la manifestation annuelle contre la brutalité policière ou après une victoire du Canadien en mai pourraient être ciblés par un tel règlement. «D’un autre côté, on n’ira pas arrêter quelqu’un qui porte une cagoule pour se réchauffer dans une manifestation pacifique à -30ºC.»
Réda Chérif-Touil craint cette liberté d’interprétation laissée aux forces de l’ordre. «Si le règlement passe, ça ouvrira la porte aux abus concernant les arrestations. L’application reposera sur la subjectivité du policier plutôt que sur l’objectivité, les lois et les droits. Ce sera arbitraire: la police va juger que la personne est menaçante, alors elle va l’arrêter! Même si, après, elle n’est coupable de rien, elle a quand même vécu un abus policier. C’est absurde, le SPVM a déjà assez de pouvoirs comme ça.»
Keffieh et masques à gaz
Le groupe Anonymus, qui proteste régulièrement contre l’Église de Scientologie, s’oppose également au règlement. «Pour nous, le port du masque est primordial, explique un membre du chapitre montréalais du mouvement. Ça nous permet d’éviter d’être intimidés par l’Église de scientologie. On trouve ça réducteur de nous mettre dans le même panier que ceux qui commettent du vandalisme, alors qu’on est pacifiques.» Lors de leurs manifestations, les militants d’Anonymous portent tous un masque de Guy Fawkes, le même que porte le personnage principal du film V pour Vendetta.
Plusieurs autres groupes ne ratent pas une occasion de se cacher le visage: masques à gaz dans des manifestations contre des sites d’enfouissement, tête de taureau pour protester contre la compagnie Red Bull, keffieh dans des rassemblements pro-palestiniens, etc. Ces gestes, souvent humoristiques ou solidaires, ont parfois des motivations plus élémentaires. «On peut désirer ne pas exposer nos idées à nos patrons ou parents, par crainte d’être sanctionnés, explique Réda Chérif-Touil. On peut aussi vouloir éviter le profilage de la police, se protéger des caméras et des appareils photos.»
À ce sujet, Paul Chablo est catégorique. «Si des individus sont filmés, c’est qu’il y a un potentiel de danger.» Cette vision révolte les opposants au règlement. «À la base, on se protège contre eux et leurs abus, s’insurge Réda Chérif-Touil. En une phrase, je dirais ceci: vous n’avez pas à nous filmer.»
Source : Montréal Campus
Appel à tous du Gros Bon Sens
Le Gros Bon Sens est un regroupement qui s’est formé spontanément avec la volonté de s’opposer au projet d’amendement du règlement sur la prévention des troubles de la paix de la Ville de Montréal, qui interdirait aux manifestantEs de se masquer le visage. Nous nous opposons sans compromis à cette mesure et souhaitons appeler divers organisations politiques, communautaires et groupes affinitaires à faire de même. En ce sens, voici les positions adoptées par notre groupe.
Dans le contexte actuel de crise économique où la précarité, les mises à pied massives et, conséquemment, la contestation sociale risquent d’aller en augmentant, nous croyons que l’adoption d’une telle mesure ne ferait que pénaliser les individus qui ne voudront pas garder le silence face aux injustices qu’ils-elles vivront. Aussi, en diminuant la liberté d’expression ce règlement contribuera à exacerber le mécontentement et compliquera le travail des policièrEs au lieu de le faciliter.
De plus, nous estimons que cette mesure contribue à la criminalisation de toute divergence politique, le masque étant une méthode de protection contre les représailles de nos dirigeants envers des actes – le plus souvent pacifiques – de protestations. Il en va donc de la liberté individuelle et collective d’exprimer notre désaccord sans faire l’objet de répression ciblée pour des opinions qui vont à l’encontre du pouvoir établi.
Nous sommes contre toute forme de profilage, qu’il soit racial, social ou politique. En adoptant un tel amendement, la Ville de Montréal facilite effectivement le fichage des individus appartenant à divers mouvements de contestation et ainsi, la répression de tels mouvements. En ce sens, nous croyons qu’il s’agit d’une atteinte aux libertés civiles que d’interdire l’anonymat dans des rassemblements publics.
ChacunE a effectivement le droit au respect de sa vie privée, ce qui implique que nul n’est obligé de s’identifier, sauf en état d’arrestation. Les motivations qui poussent quelqu’unE à garder l’anonymat dépassent largement la volonté d’accomplir des actes criminels sans répercussions judiciaires. Que ce soit pour des raisons politiques, religieuses, culturelles, familiales ou sociales, le port du masque lors des manifestations est une liberté fondamentale qu’il serait absurde de sacrifier au profit d’une surveillance et d’un contrôle social accru de la part des autorités. La sécurité et l’ordre public [lire la protection des intérêts dominants] ne doivent pas justifier une régression progressive des libertés individuelles et collectives.
Le service de police de la ville Montréal utilise déjà fréquemment des outils de surveillance lors des manifestations, qui lui permet de mettre sur pied une liste quasi-exhaustive des visages des protestantEs et, à la limite, de monter des dossiers sur les leaders des mouvements. Ce même service de police qui fut en 2005 réprimandé par le Comité des droits de l’homme de l’ONU pour ses pratiques anticonstitutionnelles et qui ne respecte souvent même pas son propre code de déontologie, nous demande maintenant de faire confiance à son « gros bon sens » pour l’application de ce règlement! Si nous voulons conserver la liberté si chèrement protégée par les Chartes canadienne et québécoise des droits et libertés, nous devons nous opposer à une telle mesure.
Dans une société où tout acte de divergence politique est réprimé et tout individu exprimant ses opinions dans une simple manifestation risque d’être fiché comme potentiel danger public, nul besoin d’avoir quelque chose de criminel, ou d’immoral à se reprocher pour vouloir conserver l’anonymat.
Le Gros Bon Sens
Le but du présent communiqué est d’obtenir le plus large appui possible au sein de la communauté militante et engagée de Montréal, puis de le diffuser largement afin de faire connaître notre désaccord. Il a donc été envoyé à plus d’une soixantaine d’organisations montréalaises. Si, comme nous, vous êtes préoccupéEs par le nouveau règlement municipal et désirez appuyer notre démarche, contactez-nous à legrosbonsens@gmail.com. Un simple « oui » nous permettra d’ajouter votre organisation à la liste de nos appuis et d’ainsi montrer à l’administration Tremblay-Dauphin et à la Fraternité des policiers et policières de Montréal que le désaccord est généralisé.
Entrevue avec Jules Merveille
Une entrevue a été réalisée avec l’un des porte-paroles du collectif Le Gros Bon Sens, Jules Merveille. L’animateur fut David Murray dans son émission Les rejetons de Gérard Lambert de l’Université de Montréal en diffusion les vendredis entre 12h et 13h. Nous avons coupé l’émission pour ne garder que l’extrait de l’entrevue.
